Vassili, j'y vais !

Publié le par pac

Je viens de récuperer A la Voltaire, roman de Vassili Axionov que j'avais prêté à une amie en panne de romans. J'ai enfin pu lire cet auteur conseillé par une copine libraire. Aujourd'hui j'ai acheté mon deuxième Axionov. Miracle car ici, la lecture, les arts en général rapportent encore moins qu'ailleurs et ont tendance à voir leur aire de vente se réduire comme une peau de chagrin.

M'enfin, ayé, j'ai lu ce superbe roman que j'aurais plutôt intitulé Voltaire à la Diderot, ou quelque chose d'approchant tant le ton rappelle celui de Jacques le Fataliste. A la sauvage et simplement pour lutter contre l'oubli dévorant où mes lectures s'abîment, je noterais quelques détails. Je commencerais malheureusement par un reproche appuyé à la maison d'édition (Actes sud, Babel) qui commet l'hérésie suprême de dévoiler dans la quatrième de couverture l'un des ressorts les plus savoureux de la rencontre entre Voltaire himself et l'émissaire de Catherine II, le Baron Von Figuine. Je suis sûre que d'aucuns se moquent que je n'aie pas décelé l'embrouille... Eh bien que m'importe ? Il faut préserver la naïveté des lecteurs qui comme moi, entrent dans un livre comme un enfant dans la maison du père Noël, ou pour choisir une métaphore plus adaptée à mon âge, comme ... Ah non, je ne trouve pas. Passons.

Donc, dans ce roman mené tambour battant par un narrateur espiègle à la Diderot, deux jeunes nobles demi-frères nés d'amours clandestines mais démocratiques entre un seigneur de Riazan et deux de ses vassales, se rendent à bride plus ou moins abattue vers Paris, dépêchés par la souveraine Cath' pour y rencontrer le flambeau du siècle : Voltaire. D'ailleurs, ces deux-là sont tout de suite appelés "chevaliers" puis "jouvenceaux" dans une langue qui lorgne du côté de Cervantès. Bref, les damoiseaux croisent en quelques pages un brigand au double nez qui se fait passer pour Pierre III, deux indscernables jumelles, un antivoltairien ulcéré, et même celui dont ils doivent annoncer la venue, l'inimitable Petropavlovitch Comte de Riazan. Dans ce roman dont la leste joyeuseté nous ferait presque oublier l'indiscutable innutrition, on croit s'asseoir à la table de Voltaire et au détour d'une page, on croit voir sa main élégante sortir d'un bouillon de dentelles dans un geste rapide quoique mystérieux...A la fin du roman, Vassili Axionov se fend même d'une scène de carnage qui nous met le nez dans les méphitiques galeries de la "fourmilère" humaine, histoire (c'est le cas de le dire !) de ne pas oublier que Voltaire nourrissait un pessimisme assez profond. Bref, tout y passe, dans des formes mêlées et sur un ton qui fait qu'aujourd'hui je suis en deuil, en deuil du Voltaire d'Axionov et de ce livre tout entier.

Publié dans Littérature

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