Texte Libre

Bonjour.

Vous avez atterri par je ne sais quel hasard sur ce blog dont la seule vocation est d'être scupuleusement inutile et de servir d'exutoire à sa modeste et anonyme instigatrice.

Si vous êtes curieux de déblatérations intimistes, entrez ! J'espère que vous aurez la curiosité indulgente. Mais, même si ce n'était pas votre cas, ne vous privez pas de me laisser vos messages.

Bonne journée !

 

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Vendredi 11 juillet 2008
Je reviens.
Tous ces gens que je retrouve et que je rencontre à nouveau.
Qui suis-je, me dis-je, en traversant la galerie des glaces ?
Ma mère me sourit, elle détient des clefs que je ne peux pas lui demander.
Mon identité s'opacifie.
C'est moi qui arrive dans le quotidien des autres.
Le tissu de mon quotidien s'est ajouré au soleil de l'altérité de gens pourtant si familiers...
Ce retour est très étrange. Je cache ma fragilité sous une brusquerie qui me rend étrangère à moi-même, et si désagréable, si peu sympathique, peu aimable finalement au moment où je voudrais tant être rassurée. Mais je suis avare. Je suis sèche et rigide, dissimulant même pour moi mes fêlures.

Je m'étoile, anxieuse et discontinue. Convaincue d'être odieuse par trop d'aspects qu'il faut masquer. Guindée, contenue, corsetée.

Qui es-tu, ma mère ? Qui suis-je pour toi ? Pourquoi ai-je besoin chaque jour de te voir et chaque fois te voyant pourquoi ne sais-je plus quoi te dire ? Pas un mot qui tienne. Ma mère, elle me dit que la frange ne me va pas, la couleur de cheveux non plus ou bien rien, ou encore, je crois parfois sentir que je la menace ... Voici comment je m'éprouve en sa présence : brusque, grossière, dépendante, en quête de reconnaissance, vieille, voulant tout maîtriser pourtant, froide, quotidienne, matérielle et matérialiste, dépourvue d'humour, sèche ... seule ? fusionnelle en face de quelqu'un qui se dérobe, bourrée de questions confuses en face de quelqu'un qui n'aime pas parler d'elle, ni de ce qu'elle ressent, contradictoire et conflictuelle en face d'un monolithe. Un jour à Bordeaux, c'est moi qui pleure en la retrouvant. Un autre jour encore, à Brive, il y a peu, c'est moi encore qui pleure en la quittant. Elle non. Et hier, elle pleure en me retrouvant, et moi non. Jamais synchrones. Impression qu'on se rate constamment. Maman. Qui es-tu ?
La mère n'a-t-elle pas l'avantage de la connaissance ? Je me sens dépossédée par son savoir, pressentiment toujours changeant d'une avance à la fois considérable et impalpable. Mais ce savoir - clef fantasmée de mon identité - qu'est-il au juste ? Et moi, ne la déstabilisé-je pas, un peu ? Ou bien juge-t-elle ce que je suis devenue ? Jugement qui peut d'un coup me tuer, je pense ou bien il faudrait que je la tue, elle. J'arrive aux endroits où je me dégoûte et me désespère. Inféconde et étroite.
par pac publié dans : Divagations
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Vendredi 4 juillet 2008

Certaines paroles, négligemment prononcées par un collègue ou même par une vague connaissance, peuvent prendre un poids redoutable si elles sont glissées avec suffisamment d’adresse, et peut-être avec un peu de fiel. Ainsi, l’autre soir, parlant à une collègue de l’expérience théâtrale que mes trois comparses et moi-même tentons depuis plusieurs mois, je raconte que nous traversons une période mouvementée puisque les textes sur lesquels nous avions arrêté notre choix sont finalement refusés par la F, la structure qui souhaite nous programmer… N. nous propose un autre texte qu’il a photocopié et fait relier… coup de théâtre… Nouvelle bifurcation dans notre parcours… Toute la question est de savoir s’il faut voir dans cette proposition une perche que l’on nous tend ou une injonction que l’on nous intime. La collègue, très sûre d’elle, dit que « de l’extérieur » ça ressemble à de la prostitution même si elle a l’hypocrite délicatesse d’esquiver le mot.

 

Pour se prostituer encore faut-il avoir une âme… et nous sommes trop peu affirmées artistiquement dans ce groupe pour oser dire qu’en acceptant la proposition de N. nous perdons en originalité … Cela dit, le désir de pouvoir est sous-jacent au discours de N. quoi qu’il prétende. Ne serait-ce que sous la forme d’une dénégation trop visible pour être ignorée… Qu’est-ce que s’affirmer ? Comment existe-t-on ? Quand est-il juste de faire preuve d’humilité et quand faut-il avoir le courage de refuser qu’autrui prenne le pouvoir ?

 

Tout à l’heure encore, quelqu’un exige qu’une élève ôte son voile à l’école alors que son port est toléré dans plusieurs établissements de l’île. Et d’évoquer la lâcheté humaine pendant la seconde guerre mondiale, la rapidité avec laquelle elle s’insinue dans les consciences et s’installe dans le quotidien. Qu’est-ce que résister ? A qui faut-il résister ? A quoi ? Quand ? Qui peut discerner la limite au-delà de laquelle l’individu est lâche, en-deçà de laquelle il compose intelligemment ?

 

Penser que ces deux situations – et même ces trois situations (si l’on pense à l’Occupation) – n’ont rien à voir, n’est-ce pas considérer qu’une décision n’a pas d’incidence sur l’ensemble de l’individu ? Que les choix qu’on fait dans la vie sont indépendants les uns des autres ? J’ai peur que tout choix engage la totalité de l’individu et rejoue sans cesse le drame complet d’une personnalité qui s’accouche. Si nous avions l’œil suffisamment ouvert, nous verrions s’agiter dans les profondeurs de nos consciences les motifs originels, les pulsions, les fulgurances qui affleurent sous la forme illusoirement claire d’un discours. « Je veux », « Je ne veux pas ». Ici, me revient tout ce que Nathalie Sarraute dit des tropismes…

Le point commun entre toutes ces décisions ? Le rapport de l’individu au groupe. Que dois-je concéder au groupe ? Comment préserver ma liberté, mon indépendance, mon originalité ? Accueillir avec reconnaissance la proposition de N. n’est-il pas le fait de personnalités féminines névrosées, trop rapidement soulagées qu’on les déleste de leur angoissante liberté et du pouvoir de décision dont elles se sont emparées ? Ma défiance est-elle un énième acte, vindicatif et stérile, de la guerre des sexes ou dessine-t-elle la frontière d’un rapport qu’il faut constamment interroger, inventer, malaxer, pétrir, redire ?

 

Quant à la collègue (S)… reste à savoir ce qui l’autorise à prononcer son opinion … Pourquoi allez-vous dire à quelqu’un que, « pour un œil extérieur », son cheminement à toutes les apparences d’une défaite, ou d’une débandade ? Pourquoi ne pas assumer le propos (qui est l’heureux propriétaire de cet œil extérieur, et donc particulièrement objectif, n’est-ce pas ?) ? C’est donc un propos théorique qui émane d’une personne qui se méfie théoriquement et a priori des groupes, qui pense que le groupe mange l’individu, que la structure (gros contentieux avec la F. dont le directeur a peut-être le tort d’amoindrir l’autorité de son mari, collaborateur haha de la structure), que toute concession est une reculade etcétéra, etcétéra.

 

Je n’ai pas de réponse. A aucune de ces questions. Et j’enrage d’ailleurs. Je mets mon énergie à rester lucide et je participe au groupe « sous réserve » :

-          d’un accord avec moi-même

-          de ne pas fuir le conflit

-          que je discerne le consensus où je me dilue du compromis qui me permet d’agir avec autrui…

 

COLLABORER : travailler avec …

 

L’écriture, solitaire, laborieuse, sinueuse, interminée, résistante, recluse, imperméable, matricielle, plastique, nouvelle, ancienne, familière, insupportablement intime…

 

ECRIRE : travailler seul, travailler contre soi, l’autre, le monde, travailler tout contre.

 

 

par pac publié dans : Flexions, Réflexions, Extensions
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Mardi 1 juillet 2008

- Nancy HUSTON, Mosaïque de la pornographie.
         Comme toujours, les essais de Nancy Huston ont la limpidité de l'évidence et sont d'une facilité illusoire. L'impression d'évidence me vient parce que Nancy Huston me fait penser et me fait me penser en tant que femme. J'ai le sentiment alors de penser à l'endroit... Dans cet essai, déjà relativement ancien, Nancy Huston confronte deux types de récits pornographiques : le récit pornographique comme genre romanesque et le récit pornographique autobiographique de Marie-Thérèse (prostituée qui écrivit son histoire à la demande d’un client à la curiosité littéraire). Elle dégage ainsi deux structures et deux ethos radicalement différents (récit de l'immoral contre récit de l'amorale) et démontre l'emprise du masculin sur le féminin dans le discours pornographique fictif. Une telle affirmation, pour banale qu'elle paraisse, doit sa force et sa nouveauté au cheminement intellectuel qui l'étaye, parcourant le champ littéraire de Sade à Bataille en passant par les romans à l'eau de rose. Convoquant Baudrillard, Bettelheim ou Barthes, Nancy Huston oppose à la mise en pièce du corps féminin celle du regard pornographique.
         Cet essai tire également sa pertinence et son actualité de sa confrontation à l'argument qu'on oppose le plus fréquemment à sa condamnation de la pornographie : la liberté d'expression. Finalement, la question est bien politique autant que philosophique, plus d'ailleurs qu'elle n'est morale. Car la mise à jour de la structure énonciative du discours pornographique, finalement, conteste l'héritage structuraliste de la critique contemporaine en affirmant que le discours est sexué...
         Voilà sans doute pourquoi cette lecture a été vraiment importante pour moi : elle m'a permis de jeter un nouvel éclairage sur mes repères intellectuels et sur mon rapport à tout ce qui a construit ma représentation de l' « intellectuel ». Ainsi, moi qui ai tant aimé Bataille, je me demande si ma fascination ne tenait pas à une double identification, présupposée par le discours de Bataille, entre d'abord l'intellect et le masculin, l'intellect et la transgression ensuite. D'ailleurs, Foucault, dans un article sur Bataille, montre comment la pensée Bataillenne se constitue dans et par la transgression. L'expérience intérieure est pour moi le livre de référence qui explore les rapports entre la pensée et sa limite. Ainsi, pour penser le plus loin (=le plus intelligemment), il me fallait en passer par l'expérience de la transgression.

Or, c'est précisément ce présupposé que Nancy Huston met en évidence afin de le dénoncer, dans son livre. Ici, quelque chose a dénoué son étreinte, me laissant vide et vulnérable… Inconnue à moi-même. Qu’est-ce qu’être une femme ? Que devient ma sexualité dès lors que je démystifie mon propre désir d’être proférée par le masculin ? Qui parle en moi ?

- Jack LONDON, Construire un feu.

         Je n'aime pas beaucoup lire des nouvelles. D'abord parce que j'ai l'impression que l'auteur s'est livré à un exercice de style, ensuite parce que j’en trouve le plaisir la plupart du temps volatile et un peu vain ... Pour la première fois, je crois, je comprends en lisant ce recueil de Jack London qu'on parle de fulgurance, de décharge, de violence au sujet de cette forme narrative. En lisant les premières nouvelles du recueil, je me prends un vrai coup de sang. 
         La première nouvelle du recueil, c'est  "Perdu la face". Et ça commence par "C'était la fin". Subienkow est un polonais, mercenaire et aventurier, ligoté comme un rôti par des indiens sanguinaires. A quelques mètres de lui, le gros Ivan, au cuir pourtant épais, pousse des cris de bête, torturé à mort, perdu "dans les affres de la chair". Subienkow, dont le narrateur raconte la vie dans un flash back trépidant, cherche un stratagème, non pour s'enfuir ni pour survivre, mais pour s'épargner la torture qui a réduit son compère au rang de bête. Mourir proprement, quoi...London nous tient par l’angoisse de la torture et l’espoir macabre d’une mort sans bavure. 
         Après cette première nouvelle, on poursuit avec "Mission de confiance"... Quel bonheur que la violence de ce récit qui retrace la course d'un homme jusqu'aux limites de l'épuisement, encombré qu'il est d’un sac très lourd cérémonieusement et mystérieusement confié par un ami... La nouvelle est une métaphore puissante et férocement ironique de la vie, en même temps qu'un hommage rendu aux forces et à la volonté de l'homme.
Je repense également à la nouvelle qui donne son titre au recueil ou encore à la dernière, "Le bon sens de Porportuk", qui n'ont rien à envier en violence et en humour noir aux deux que je viens de citer.

-
Serge REZVANI, Le magicien.
        
Récit sans nerf, bavard, qui hésite trop longtemps entre autofiction, conte merveilleux, quête initiatique… Bref, quelque chose qui veut faire l’intelligent en suggérant qu’il dit simplement des choses compliquées. Au fond, c’est seulement creux. Pourtant, j’avais été si bouleversée par L’éclipse

- Robert MUSIL, Les désarrois de l'élève Törless, préface de Philippe Jacottet
         Un superbe roman, un peu vieilli par certains côtés mais si ambitieux au fond, si superbement obsédé par l’indicible et les insaisissables mouvements de la pensée…Mais il me faudrait beaucoup plus d’énergie et de rigueur que je n’en ai ce soir pour rédiger un article sur ce premier roman de Musil. Du moins, je finirai en disant que c’est ma première rencontre avec Musil. Elle fut assez lente mais je suis sûre que le contact de cette œuvre me fera une marque durable…

par sara publié dans : Littérature
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Mardi 17 juin 2008

J'essaie de lire Le métier de vivre. Je dis "j'essaie" car j'ai contiuellement la sensation de passer à côté de cette oeuvre dont je suis réduite à pressentir l'immensité sans parvenir à l'embrasser.

            Cela tient essentiellement à sa forme fragmentaire. Pavese y exprime ses pensées toujours avec le même degré d'intériorité et d'autoanalyse mais sautant d'un sujet à l'autre ou parfois revenant à des opinions posées plusieurs mois parfois plusieurs années auparavant. Rien de factuel dans ce journal qui témoigne d'un dialogue avec soi-même acharné (d'ailleurs il se dit "tu" souvent). de grandes lignes traversent les pensées tendues du livre comme la création littéraire, la poésie et les oeuvres de fiction, les régimes politiques, la guerre et ses effets, le vieillissement, l'amour... Beaucoup d'expressions récurrentes marquent la formation de véritables concept comme l'habileté, l'ingénuité, l'image-récit, le désintéressement, la haine...

Ma pensée parcourt celle de Pavese, avide, flairant, survolant certains fragments sans rien y comprendre et tombant à l’arrêt devant d’autres, aussitôt saisie par le désir de retrouver la sensation ainsi éprouvée. Finalement, lire Pavese c’est plus que jamais me lire moi-même. Ce qui m’arrête n’est jamais que le reflet troublant et fraternel de mes propres pensées, confuses, enfouies et laborieuses, chauffées à blanc par l’intelligence de Pavese, et élargies par son altérité. D’ailleurs, il écrit lui-même ce qui m’arrive en le lisant … eh non je ne retrouve pas le passage auquel je pense mais du coup, je fais une moisson de réflexions fulgurantes

«  On cesse d’être jeune quand on comprend qu’il ne sert à rien de dire une douleur. »

« Avec ou sans haine, mais toujours avec violence. »

« La conscience n’est plus qu’un flair, une conscience connue à tâtons ». 31 décembre 1937

« On se trouve peu à peu caractérisé sans même savoir comment on en est arrivé là, et il est indubitable que, selon son caractère respectif, on agira d’une façon ou d’une autre : où est la place du libre et conscient arbitre ? »

« La solitude vraie, c’est à-dire celle dont on souffre, apporte avec soi le désir de tuer. »

« Pourquoi cette joie sourde et profonde, fondamentale, qui naît dans les veines et dans la gorge de celui qui a décidé de se tuer ? Devant la mort, ne persiste plus que la conscience brutale d’être encore vivant. »

« La religion consiste à croire que tout ce qui nous arrive est extraordinairement important. C’est précisément à cause de cette raison qu’elle ne pourra jamais disparaître du monde. »

« S’habituer à considérer chaque égratignure comme un malheur enlève de la force aux coups d’un grand et véritable malheur ».

« Les malheurs ne suffisent pas pour faire d’un con une personne intelligente. »

« La littérature est une défense contre les offenses de la vie. »

« On cesse d’être jeune quand on distingue entre soi et les autres ; c’est-à-dire quand on n’a plus besoin de leur compagnie. »

« Comment une personne de trente ans peut-elle ne pas se sentir un débris ? En cessant de vivre d’espoirs : c’est-à-dire en cessant de croire qu’un contact amical réciproque peut changer quelque chose à sa vie, et de rechercher dans ses propos un point d’appui, un élargissement de sa personne. »

« Pourquoi on devrait être mieux en communiquant avec un autre qu’en étant seul, est étrange. C’est peut-être une illusion : la plupart du temps on est très bien seul […] Pourquoi il nous faut nous ravoir dans les autres ? mystère. »

« Chacun a la philosophie de ses propres attitudes »

« L’insuffisance de l’enthousiasme juvénile consiste dans le fait de se refuser en substance à reconnaître ses propres limites. La distinction entre soi et les autres, qui se produit dans l’âge mûr, tend à convaincre le soi qu’il n’y a pas de communication avec les autres. Et, en fait, il n’y a pas de communication directe. » 9 février 1939.

 

 

 

 

par pac publié dans : Littérature
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Mardi 17 juin 2008

On trouve en postface de l'édition Folio de Vendredi ou les limbes du Pacifique un article de Gilles Deleuze publié en 1969 dans Logique du Sens et intitulé "Michel Tournier et le monde sans autrui". Ce que je veux retenir (= ne pas oublier, moi dont la mémoire est une passoire) :

- la définition d'autrui comme ce qui rend possible mon rapport au monde non vu, non perçu, non pensé.
" C'est toujours par autrui que passe mon désir, et que mon désir reçoit un objet. Je ne désire rien qui ne soit vu, pensé, possédé par un autrui possible." Avec la disparition d'autrui, "c'est la catégorie du possible qui s'est écroulée", écrit encore Gilles Deleuze. Autrui est ainsi défini comme "une structure du champ perceptif".
- ainsi, Deleuze aboutit à l'idée que la disparition de tout autrui pour Robinson est avant tout la "dissolution porogressive mais irréversible de la structure". Et Deleuze de dresser un parallèle avec le pervers pour qui les "autres ne sont plus appréhendés comme des autruis".
- Deleuze en revient aux conséquences de la définition d'autrui posée plus haut. L'une de ces conséquences est qu'elle opère une distinction entre ma conscience et son objet. La connaissance de l'objet est posée comme possible par l'existence d'un autrui. Mais si la connaissance est possible, je suis, moi "un monde passé". Deleuze critique ainsi la théorie traditionnelle de la connaissance qui pose le sujet et l'objet dans un rapport de contemporanéité ou de simultanéité. L'existence d'autrui rend la connaissance possible mais seulement dans un rapport de perte (non coïncidence temporelle du sujet et de l'objet).
- donc la disparition d'autrui marque le retour de la fusion du sujet avec son objet et autrui est rétrospectivement donné comme ce "qui troublait le monde".
- la survenue de Vendredi dans cet état de chose ne se produit pas comme celle d'un autrui, car autrui exprime un monde possible ; "mais ce monde existe dans notre monde" alors que Vendredi indique "un autre monde supposé vrai, un double irréductible seul véritable [...] Non pas un autrui, mais un tout autre qu'autrui". Alors qu'autrui rabat les éléments en terre, la terre en corps, les corps en objets, Vendredi redresse les et les corps, il libère les éléments. Ainsi, la structure qui se met en place dans le roman de Michel Tournier est un monde sans autrui que Deleuze identifie au monde du pervers dans lequel Autrui n'existe pas, mais où le tout autre rend tout rapport au monde nécessaire (et non possible). La distinction entre sujet et objet est abolie dans un monde où tout coexiste sur un même plan de réalité absolue. Tout est Elément libéré de la relativité introduite par l'existence d'autrui.

"Tournier suppose qu'à travers beaucoup de souffrances Robinson découvre et conquiert une grande Santé, dans la mesure où les choses finissent par s'organiser tout autrement qu'avec autrui, parce qu'elles libèrent une image sans ressemblance, un double d'elles-mêmes ordinairement refoulé, et que ce double à son tour libère de purs éléments ordinairement prisonniers. ce n'est pas le monde qui est troublé par l'absence d'autrui, au contraire c'est le double glorieux du monde qui se trouve caché par sa présence."


Faut-il voir dans l'analyse de Deleuze un renouvellement de la traditionnelle définition psychanalytique de la perversion comme absence de refoulement ? "Autrui" y tiendrait alors le rôle du surmoi ... Mais combien plus intéressante et plus riche est la proposition de Deleuze, loin de toute psychologie, ouvrant même les perspectives vers une métaphysique puisque le monde auquel Robinson a finalement accès se confond pour lui avec un au-delà du monde restreint par l'existence d'autrui.

par pac publié dans : Littérature
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Mardi 3 juin 2008

Ma grand mère m'a appelée aujourd'hui. Voilà plusieurs fois qu'elle essaye de me joindre, et n'y parvenant pas, elle a éprouvé l'angoisse qu'il me soit arrivé quelque chose. Et elle a gardé le souvenir de notre dernière conversation. Ma tristesse ne lui avait pas échappé. Aujourd'hui, de but en blanc, la seule qui ne prenne pas de précautions, qui aille droit au but de son affection, peu consciente des barrières par moi dressées, elle me dit qu'elle s'est inquiétée, et comment vas-tu ? ah tu étais triste, mais cela passe ne t'inquiète pas. Toute l'expérience, la connaissance de la vie, simple, directe, et sans l'ombre du relativisme. Merveilleuse pureté de ce savoir qui s'ignore lui-même et me trouve en plein coeur.

par pac publié dans : Divagations
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Dimanche 18 mai 2008

Mon père appelle tard. C'est mon anniversaire. Il a sa voix de psychodrame, il a sa voix des grands soirs, avec des litres de larmes tout prêts au largage bruyamment contenus dans les sinus (même si c'est pas là qu'on les range, je m'en fous). Mon père m'appelle donc pour mon anniversaire avec des "Sarah ma chérie", et puis très vite ça se termine parce que, au même moment, ma soeur qui l'appelle sur son portable m'en débarrasse. Bon courage. Il a quand même le temps de me jeter ces deux phrases totalement estomaquantes qui me laissent littéralement coite au téléphone  - ce qui ne le déstabilise pas l'ombre du quart de la moitié d'une demi-seconde  - :

" je t'aime et je sais que tu m'aimes aussi"
Remarquez comme ça c'est pratique. J'ai pas à m'emmerder à lui sortir le morceau que de toute façon j'ai salement coincé dans l'oesophage. Donc j'en reste comme qui dirait sur le cul, mais au fond absolument dévastée. Une telle phrase n'est-elle pas d'un FOU, lui qui nous a fait le numéro du suicidaire qui accroche la corde du drame en cinq actes à une poutre de la soupente, lui qui se sert des gosses pour faire pression sur la femme qui l'a trompé apparemment pendant plusieurs années, lui qui nous a éclaboussés de sa morve tant il nous a pleuré dessus, lui qui s'est donné théâtralement des coups mais pas théâtraux passque monsieur souffrait plus que tout le monde, lui qui voulait une autre fois (variant habilement le scénario pour ne pas lasser les spectateurs du grand drame de sa vie) se jeter dans le ravin en voiture après s'être suffisamment imbibé d'alcool pour pas se rater ?

Et je vous donne tout de suite la deuxième phrase :

" Je te revois en train de naître, c'était merveilleux."
Quelle émotion, quel art de la syntaxe, du ryhtme et de la rime ! C'est trop de beauté pour un seul homme ! Quelle fille extraordinaire il a, et c'est normal vu qu'il est si extraordinaire, est-ce pas ? Pouah ! Pouah !

Bon maintenant que vous avez lu ça, vous allez pouvoir me pardonner un bon nombre de choses, bien vrai ?

J'en suis complètement déprimée. 


Cet homme est sûrement fou. C'est mon père. Je me traîne une névrose et des crises d'existence à multiplier par 3 le trou de la sécu. Remerciez-moi, je me soigne pas.  

par pac publié dans : Divagations
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Vendredi 16 mai 2008

J'aurai bientôt 30 ans et j'ai l'impression que ce sera le milieu de ma vie. Beaucoup de gens meurent à 60 ans. Mes parents en ont 50. S'ils mouraient, je serais comme une conne à me dire que j'ai laissé passer tout ce temps précieux, et je dirais, comme tout le monde, que je ne savais pas jusqu'à cet instant, ce qui compte vraiment dans la vie. J'essaierai de transmettre  à la jeunesse, avec une angoisse indicible, le fruit de mon expérience et elle ne m'écouterait pas et je serais perdue comme ça, au plein milieu de ma vie avec nulle part où aller, ou bien, si l'on veut, avec le pénible sentiment de trop bien savoir, alors à quoi bon...

Pourquoi faut-il que rien ne remplace l'expérience de l'échec ? La parole ne peut pas transmettre l'expérience mais seulement en rendre en compte. Ainsi, si tu dis à la jeunesse, profite de tes proches avant qu'il ne soit trop tard, eh bien ça ne sert à rien. J'ai l'impression que ma vie est un cheminiment vers la connaissance du désastre, et que d'autres aient précédemment cheminé vers cette connaissance ne me permet pas de faire l'économie de mon ratage PERSONNEL. Chaque débandade est unique, voilà la moralité.

Pendant quelques années, j'ai cru que j'apprenais, que je me forgeais une personnalité. J'ai cru que je devenais. J'ai bien peur de comprendre que je faisais tout à la force du poignet, que je traçais une sorte de ligne très nette, la plus incontestable possible. Mais je me retrouve au bord de tout laisser tomber et d'adopter un discours pétri de clichés parce que c'est le seul qui ait un sens pour moi aujourd'hui. D'où vient que je me fissure, de bas en haut ? A quoi bon tous les efforts pour être un tant soit peu intelligente ou du moins le paraître ? J'ai vécu avec ce roman de moi : celle qui réussit tout ce qu'elle entreprend. Et j'ai projeté ça et certains m'ont crue, et je me suis toujours sentie supérieure à ceux qui ne me croyaient pas. Bon moyen de rester maîtresse de mon petit moi et régner illusoirement sur mon pays. Je repense à ce que j'ai écrit au début de ce journal (qui n'est que la continuation d'un autre long journal), à cette rigidité dans l'écriture, à cette volonté appliquée à chaque mot, à ce manque de naturel, de spontanéité.

C. dit que je suis dure.

Je réfléchis. Je fuis les autres, la famille, le groupe en général et dès que je suis longtemps en présence d'autres personnes, dès qu'il faut cohabiter, je me raidis. Mes efforts sont paradoxalement consacrés à masquer cette rigueur, cette raideur de mon tempérament derrière une détente et une aisance toute de surface. L'idée de ma disparition, j'ai essayé de la dominer par une parole qui me donnait l'illusion que je me dominais moi. Voilà. Voilà pourquoi j'écris régulièrement, et toujours à la première personne : pour me dominer et me créer. Ainsi, je coïncide avec cet être supérieur fantasmé par mes parents dans mon enfance, et je suis l'idéal dont ils rêvaient. Quelle gangue épaisse que le désir parental... Jusqu'où s'étend son pouvoir ? Qui suis-je vraiment si, comme je crois l'entrevoir dans des éclairs déroutants mais toujours trop fugaces, cette volonté, que je croyais être l'expression indéniable de mon individualité, n'est en réalité qu'un effort constant pour coïncider avec leur désir - leur besoin ? - que je réussisse ?

Cette sorte de crête sur laquelle j'ai tenté de hisser de ma pensée, cette colonne vertébrale très droite qu'est ma parole et que sont mes assertions dans mon discours, cette agrégation dont je me fais un devoir de ne pas déchoir, ça me fait vivre où ? ça fait de moi, qui ? Je m'efforce dans toute relation d'incarner une ligne - directrice - si possible et l'idée me vient, en repensant à ma conversation avec ma mère hier soir, que j'essaie d'être le repère, la ligne, la limite qui définit, le contour assertif qu'elle n'a jamais été pour moi.

Ma mère est inlocalisable.

J'ai des rides. Mon visage devient plus vivant, plus marqué, il résiste de plus en plus à l'image fantasmée que je me fais de moi. Mon narcissisme se craquèle. A tel point que l'affection que me portent les personnes auxquelles je tiens m'apparaît très mystérieuse alors que jusqu'à présent, elle me semblait  -il faut que je le dise malgré cette honte qui me donne chaud, tout d'un coup - légitime.

J'en profite, après avoir pleuré un coup, pour poser quelques questions à Dieu :
1. Combien de temps faut-il avant d'arriver quelque part ?
2. Evidemment, je suppose que je devrais aller faire un tour dans les journaux pour voir que moi et mon nombril, en fait, on va merveilleusement bien (et on remet une couche de volontarisme).
3. La vie ne consisterait-elle pas en une vaste blague au terme de laquelle on s'aperçoit qu'on avait tort sur TOUTE la ligne en dépit de TOUTE l'énergie dépensée pour parvenir à contrer le malin génie qui veut nous faire tourner en bourrique ?
4. Etre un peu intelligent sert-il, franchement, à quelque chose ?
5. Depuis plusieurs années, je me fais croire que je travaille à entretenir ma réflexion. Me serais-je totalement trompée ? Combien de personnes ai-je bernées en même temps que moi ?

Merci, Mon Dieu, de bien vouloir laisser ta réponse en commentaire.

par pac publié dans : Divagations
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Lundi 12 mai 2008

Je viens de me promener sur d'autres blogs et me voilà parfaitement dégoûtée de revenir à ma propre écriture. La journée s'avance lentement, avec des airs de jamais vouloir mener nulle part, ni se remplir efficacement. Je fais des ronds dans l'eau en repensant aux amis qui, en pleine ébullition, élaborent des projets à tour de bras, à ne plus savoir qu'en faire, elle enceinte du deuxième, lectrice boulimique et avertie, lui pareil, le fils superbe et débordant d'une énergie réjouissante, un départ imminent pour le bout du monde - Tahiti ou Wallis -, l'achat d'une librairie en Arcèche en ligne de mire...

Bon sang, pourquoi faut-il toujours que la vitalité des autres me déprime à ce point comme si nous étions tous partis à la course au bonheur en sachant que les places étaient limitées ? Quelle mesquinerie de ma part.. Tiens, je me casse. Je vais prendre un livre, meilleur moyen de me fuir, chiante que je suis.

par pac
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Dimanche 11 mai 2008

A propos de "Smaller, Poorer, Cheaper", dernière création de la compagnie de cirque Acrobat.  

Ah, vraiment, c'est remarquable, ce spectacle, j'ai adoré le....
Ce qu'est Acrobat - du cirque décharné jusqu'à l'os et aux tendons, comme un écorché qui...
A terrific and tightly wrapped show that shocks, provokes and amuses...
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Franchement, là, je suis impressionné.

J'ai vu des corps nus décrire des trajectoires affûtées comme des couteaux,
J'ai vu des faces imperturbables, d'une humanité plus nue que les corps, concentrées sur un but situé à des années lumières de la faveur du public,
J'ai vu deux hommes et une femme se jeter dans l'espace sans l'ombre d'une jubilation, mais avec l'implacabilité de l'esprit qui s'est traversé lui-même et se connaît définitivement. 
Le spectacle offert n'est pourtant pas dépourvu d'émotion, mais on est très loin du sentimentalisme facile et bon marché dont on nous perfuse à longueur de journée par différents canaux, et j'ai vraiment ri du fond de ma tripe, j'ai ri avec angoisse à l'image de l'homme dérisoire qu'ils ont ramenée de leur expérience. J'ai ri de l'homme nu qui fait du patin à roulettes en adoptant toutes les attitudes du beauf de base, j'ai ri de l'ironie froide et mordante qui prend pour cible le crique traditionnel mais aussi, bien sûr, nos attentes de public bien éduqué.

Plus que les acrobaties, plus que l'homme se réveillant et petit-déjeunant sur un fil, plus que le clown humain, plus que tout cela, Simon Yates, Jo-Ann Lancaster, Mozes et Tim Barras m'ont donné à voir l'étendue de la liberté que l'artiste conquiert au prix d'une mise en jeu complète de sa personne. Voilà pourquoi les grands spectacles sont essentiels : ils délivrent une connaissance de l'humain que seule l'expérience artistique permet d'explorer.

Je n'oublierai pas le corps nu d'un homme sur un trapèze qui s'élève, presque silencieusement, dans une volée d'étoiles. Cela n'est évidemment rien et pourtant rien ne manquait à cet instant, essentiel à mon esprit.



Quelques liens pour obtenir de vraies infos sur Acrobat :
http://www.idgo.fr/articles/art-002680-acrobat-smaller-poorer-cheaper.html
http://www.charleroi-culture.be/Public/Spectacle.php?ID=643&ancestor1=8
http://www.sambraisie.be/Files/media/20072008/Bizaro2.2007.pdf

par pac publié dans : Spectacles
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